1. Villa d’Este Wine Symposium : rêve bachique au bord de l’eau

    Un rêve qui se répète correspond forcément à un brin de réalité vécue dans ma vraie vie d’amateur. Récit de ma 2ème participation au  ‘Villa d’Este Wine Symposium’ au bord du Lac de Côme …Et, (b)voir un peu d’eau pendant ces 3 jours de dégustation au sommet …Cela fait quand même du bien :

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    Mon billet de l’année dernière ayant déjà décrit le principe et la philosophie de cette grand messe bachique, je vous livre quelques clichés pris à la hâte - les yeux écarquillés de bonheur - dans l’idée qu’Ali Baba (a.k.a. François Mauss) ne m’en voudrait pas de partager avec vous les trésors de sa grotte aux mille flacons. Alors ‘Sésame, ouvre toi’:

    A la Villa d’Este, les conférences  haute voltige appellent un public concentré malgré la rémanence d’une verticale de Cheval Blanc…
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    …Décor planté.

    Bref, au ‘Villa d’Este Wine Symposium’, on prend un peu de hauteur :

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    …Ou bien on vient conforter quelques approvisionnements comme ici Thierry Goddet, fondateur de Cavissima, avec qui je participais à cette 5ème édition.image

    Côté conférence, Selinko  présente un nouvel outil de sécurité et de traçabilité des vins  destiné à  écarter de votre chemin les copies de grands crus qui frapperaient à votre porte, tandis que José Vouillamoz co-auteur avec Jancis Robinson du livre ‘Winegrapes'  retrace l'histoire des cépages et nous apprend que : 

    Le Merlot et le Malbec sont demi frères…

    Chenin et Sauvignon Blanc ont comme parent commun le savagnin..

    Le Pinot est l’arrière grand Père du Syrah…

    Viognier et Syrah sont les enfants de la Mondeuse blanche !!!

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    Un exposé qui, sur Twitter, aura suscité l’imagination du journaliste Vindicateur Antonin Iomni-Amunategui qui m’enverra ce photomontage:’Syrah, je suis ton père!’ 

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    Une belle histoire de famille dont la fête pourrait bien être gâchée par le  scénario catastrophique des conséquences du réchauffement climatique; selon l’auteur : “l’Australie, l’Afrique du Sud ou la  Californie pourrait perdre  70% de leur production”…

    L’audience ne réagit pas …Avant d’entendre que “la production de Bordeaux serait réduite de 50%” ! Malaise (et argument) immédiatement placé(s) en quarantaine par Stéphane Derenoncourt qui n’aime pas que l’on touche à une feuille de ses cabernets sauvignon et de ses merlots toutes rives confondues et qui interviendra, cinglant : “Vous devriez être un peu plus dans les vignes et un peu moins dans votre labo”. Ouf, on respire …

    Bon, ceux qui ont vraiment eu peur sont allés se consoler avec une petite verticale d’Egon Müller histoire de pouvoir cocher cette case dans la famille des  grands accomplissements de leur vie, dans l’éventualité où la Moselle serait aussi concernée par l’exposé.

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    Au premier rang des accomplis, vous aurez reconnu Bernard Burtschy

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    D’ailleurs, quand vous demandez à François Mauss avec quoi il partirait SEUL sur une île déserte,  voici la réponse …
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    A défaut de disparaître avec les bouteilles pleines, il y a de fortes chances pour que vous trouviez ces bouteilles vides derrière lui, à  son bureau, lors de votre prochaine visite…

    Impossible de photographier la salle de dégustation sans avoir Armand Borland dans le champ (et qui, ceci dit, réalise quand même de plus jolies photos qu’avec mon iPhone).
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    …Alors quand, le jour suivant,  Alexandre Wagner, le sommelier qui régit le protocole rigoureux de ces dégustations d’anthologie  me propose de rester dans les coulisses de la dégustation comparative du Domaine de la Romanée Conti entre Echézeaux et Romanée Saint Vivant,

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    …Coulisse où je m’étais glissé pour saisir cette photo…J’ai compris que mon île deserte à moi, c’était maintenant, c’était là et ce serait avec PLUSIEURS vins du DRC…

    Front Office et Back Office

    En front office, une salle muette présidée par Aubert de Villaine où les communiants (plutôt confirmés dans leur profil) dégustent Echézeaux et Romanée Saint Vivant dans les millésimes 1979, 1985 1999 et 2005. Silence monacal.

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    En back office ou en coulisse, une fois passé le stress de savoir si tous les vins se présentent sous leur meilleur jour et à bonne température (tout comme la salle de dégustation) Alexandre Wagner m’invite pour une ballade de fonds de bouteilles qui me confirme que Bacchus existe bien, puisqu’il a pensé à combler un petit amateur absent de la table des grands (vous savez, ceux qui sont côté ‘front office’ et qui communient en silence!)
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    L’année dernière je n’avais pas osé y toucher… Eh bien là, mon vieux, j’ai tout sifflé ! Et sais-tu  pourquoi mon cher lecteur…Hé bien parce que sur mon île déserte,  là où en théorie on part seul avec une seule bouteille, moi j’y suis allé accompagné d’Olivia Mauss, oui la fille unique de François Mauss, avec qui je partagerai ce soir là mon éducation …bachique.

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    On n’oublie jamais une première fois.
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    Romanée Saint Vivant 79 en Jéroboam, quelle profondeur, avec ses notes de rose fannée où fragilité et persistance se confondent…et ce Romanée Saint Vivant 85 avec ses notes chocolatées… et les 99,  taillés pour l’éternité encore jeunes hommes sur leur réserve,  avec  des  textures d’un velouté extrême…

    Georges Clooney aurait ponctué; “What else?”

    ..Et histoire de lui clouer le bec, je lui aurais répondu …Et bien maintenant…un Montrachet DRC ! …Sans  doute relayé ce soir là par un bon : “Parce que je le vaux bien”, et parce-que maintenant c’est sûr,  j’ai du faire une chose bien dans ma vie, une chose qui m’a été rendue ce soir là.

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    C’était donc la première fois que je dégustais un Montrachet..Tout court …Moment d’une chaleur extrême où le palais se tapisse de la caresse la plus veloutée que le Chardonnay puisse donner.

    On n’oublie jamais une première fois

    Alors, tant pis pour la dégustation des cépages oubliés qui avait lieu au même moment…

    C’est avec le coeur et les yeux d’un jeune amateur qui a vécu sa première fois que je file assister à la remise du Prix Lalique du vigneron de l’année. Un prix décerné à “un homme du vin qui au delà d’une symbiose rare entre une terre et un homme, est depuis des années, depuis des décennies, proche d’une certaine perfection….” Un prix remis cette année à István Szepsy à Tokaj en présence d’Helmut  Dönnhoff qui l’avait reçu l’année dernière. 
    Emotion sincère d’un vigneron assis dans l’assemblée comme les autres et qui ne s’attendait pas ce soir là à être ainsi décrété ‘icône’. 

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    Le temps de nous retrouver autour d’une grandiose cuvée Rare 1998 de Piper…

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    ..qui semble reconquérir l’univers bourgeois des hauts lieux de la gastronomie après avoir fréquenté l’univers glamour des podiums et des bas résilles (on aime aussi Marylin hein!), nous voilà conviés au grand dîner de gala dont on se demande  comment il pourra encore surpasser la qualité des déjeuners et des dîners servis jusque là…

    Le bal des placements libres offre un spectacle délicieux aux participants qui se sont arrangés et qui observent les approches sympathiques de ceux qui recherchent encore une  table où un grand vigneron offrira à coup(s) sûr(s) quelques extras hors menu !

    Ca se passe comme ça à la Villa d’Este, on se présente où l’on veut et on s’assied, dans une ambiance fidèle à un esprit selon lequel le  vin correspond d’abord à un moment de convivialité partagée. Esprit famille oblige.

    Les vins circulent et me rappellent  que,  selon une autre conférence de la journée sur la marché Chinois, la consommation annuelle moyenne de vin en Chine est de 3,9 litres par habitant…3,9 litres, c’est ce que l’on boit au Davos du Vin en un jour!  Ha Ha, ‘petit slip’ les Chinois…

    …Les conversations traversent les tables comme ici, Jean-Robert Pitte (qui a défendu le dossier de l’inscription du repas français au patrimoine de l’humanité) accompagné de sa femme, discutant avec Aubert de Villaine.

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    "Hey! il te reste un fond du Jérobo d’Echézo??" 

    "Héééééééé non, y en a un qui a tout sifflé dans les coulisses…"

    Bref, c’est  la fête, une ode à la gastronomie et à la joie - qui aurait pu inspirer le poète Schiller dans son désir de célébrer l’idéal de l’unité et de la fraternité humaines - récitée par un balet d’artistes exceptionnels en salle et en cuisine.

     Moi, comme je ne sais faire que du réchauffé je vous re-sers  ce que j’ai écrit l’année dernière : 

    "Pour vous faire croire que vous êtes au paradis, Dionysos et Bacchus  ont envoyé dans les cuisine de la Villa d’Este les enfants spirituels de François Vatel qui n’aurait peut être pas aimé qu’ici en Italie on reproduise à son égal les traditions de réceptions fastueuses préparées pour 250 personnes ":

    Imaginez un risotto aux saffran et aux cèpes servi à 18 minutes pour 250 personnes, un homard en sauce à la morue et à l’huile de romarin accompagné d’un Clos Saint Hune 2007 (combat des rois du Riesling à la Villa d’Este cette année!)

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    Cuisse de pigeon au foie gras, oeufs de mulet et dates servi avec …Un Corton Pouget 01… (dont j’attendais beaucoup et que j’ai trouvé …tout nu et bien décharné…Gageons -et pas Gagey- que le DG de la maison Jadot avec qui je partageais le dîner de la veille aurait sans doute évacué l’incertitude en remontant une palette d’un autre millésime si le dîner avait été organisé sous son toit Beaunois)

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    Il ne faisait pas bon être français à ma table en face des grandioses Barolo et Vega Sicilia également proposés à la dégusation …

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    Un soufflé au chocolat arrivé gonflé à bloc en même temps pour 200 personnes accompagné d’un Tokaj 6 put’ du grand lauréat du Prix Lalique (Tokaj, le ‘vrai’ roi des vins et le ‘vrai’ vin des rois ;-)
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    Feu d’artifice d’applaudissement à  l’arrivée le la brigade, qu’Enzo Vizzari, ‘Monsieur vin’ en Italie, honorera d’un discours ému de félicitations.
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    …A ce moment là et comme si je n’avais pas vécu assez d’émotion dans une seule journée, un Russe traversant la salle s’approche de ma table et m’implore de goûter son vin !…! Je le regarde avec autant de douceur possible pour masquer mon étonnement avant de m’exécuter, tout en lui demandant…
    "Pourquoi moi ??? "
    "J’ai vu votre série 'Un Verre de Terroir' à la télé en Russie et je suis un fan!! ”
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    Du coup, on a fini la grande bouteille de Monsieur Valeriy Troychuk  ensemble…
     
    Voilà cher François (presque) tout ce que l’on peut vivre en venant au ‘Villa d’Este Wine Symposium’…Un palais -et non une caverne d’Ali Baba -ou finalement la plus grande richesse est celle d’une table partagée avec générosité. 

    Ps : …Une Vème édition qui m’imposera à jamais le deuil d’une affirmation selon laquelle “RIEN ne pourrait me faire rater un match de rugby France / All Blacks”…

    …Ha, au fait, on a gagné ??

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    il y a 4 mois  /  0 notes  /  Source : obiwine.com